Coupure générale d’Internet : et si c’était une opportunité déguisée ?

Trois jours. C’est le temps qu’a duré la coupure des réseaux sociaux et d’Internet lors de la dernière élection présidentielle. Pour beaucoup, ce fut une contrainte, voire un frein à l’activité. Pour moi, trader et passionné des marchés financiers, ce fut une parenthèse inattendue… et incroyablement fertile.


Les 15 et 16 mars 2026 resteront gravés dans ma mémoire comme les journées où tout s’est arrêté. Plus de réseau, plus de connexion mobile, plus d’accès aux plateformes de trading. Une véritable mise hors ligne forcée, dans un monde où tout s’accélère en temps réel.

Sur le plan professionnel, cette coupure a été préjudiciable à de nombreux secteurs. Pour ma part, impossible d’analyser les graphiques en direct, de passer des ordres, ou encore de publier mes analyses sur l’actualité des marchés.

Mais cette panne numérique a aussi agi comme un électrochoc salutaire.

Sans la possibilité de me connecter aux terminaux, je me suis tourné vers ce que j’avais trop longtemps négligé : la lecture, la création… et l’écriture.

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Un retour aux sources par la lecture

Alors que mon bilan 2025 affichait fièrement 134 documents lus — dont 93 spécifiquement dédiés à la finance de marché, à l’analyse macroéconomique, à l’analyse technique et au trading spéculatif — je n’avais, depuis janvier 2026, pas ouvert un seul livre. Absorbé par les graphiques, l’apprentissage de l’anglais financier et la rédaction frénétique d’articles sur les devises et les matières premières, j’avais perdu ce précieux rituel.

Ces deux jours sans écran m’ont offert l’opportunité de me plonger dans un document d’une rare pertinence : un rapport du Conseil économique, social et environnemental datant de 2008, présenté par M. Luc Guyau, intitulé « Les marchés des matières premières : évolution récente des prix et conséquences sur la conjoncture économique et sociale ».

Ce texte, qui analyse les chocs pétroliers, les crises multisectorielles et leurs impacts différenciés, résonne étrangement avec l’actualité géopolitique — notamment la guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix du pétrole. Une lecture qui m’a offert un recul précieux sur les dynamiques actuelles.

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L’art et l’écriture comme échappatoires créatives

Parallèlement, j’ai enfin trouvé la concentration nécessaire pour achever une œuvre artistique entreprise il y a plusieurs mois : un dessin intitulé Renaissance, représentant un éléphant. Ce projet, constamment mis de côté à cause des sollicitations des marchés, a pu aboutir grâce à ce silence numérique.

Mais ce n’est pas tout. Dans ce même élan, l’inspiration m’a saisi : j’ai rédigé un poème. Un texte intimiste, né de ce calme retrouvé, comme une empreinte de cette parenthèse hors du temps.

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Fou abject

Il me manque le courage de dire fou abject.
Les voilà sans issue dans les dédales de l’embauche,
sans répit, ployés au tripallium.
Sacrilège serait de dire : maudit soit le travail !
Mais ils murmurent tous l’angoisse du lundi matin,
le chronophage, le lessivant de leur labeur.

À l’aube, j’ai servi le thé du trading,
non le T du travail comme voie de la liberté.
Cette voie qui, d’ailleurs, expose leur paresse intellectuelle.
Cette voie dont ils me taxent – moi, misérable guide.

Pourtant, se seraient-ils donné tant de peine
à montrer le chemin, à l’inverse ?

Il me manque le courage de me taire face aux Sourds,
de renseigner des aveugles,
de dire enfin fou abject.

Heureusement, légion sont les horizons.
Aux âmes disposées, mon étoile illuminera.

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Ce texte, né du silence et de la rupture avec le tumulte des marchés, porte en lui une réflexion plus large sur le travail, la liberté et le regard des autres. Il est peut-être le fruit le plus inattendu de ces trois jours sans réseau.

Conclusion : et si on apprenait à déconnecter ?

Ces trois jours sans Internet m’ont fait perdre des opportunités de trading, certes. Mais ils m’ont surtout permis de gagner en profondeur. En créativité. En connaissances. En expression personnelle.

À l’heure où l’information est continue, où les écrans captent toute notre attention, cette expérience m’a conforté dans une idée simple mais puissante : il est essentiel, individuellement, de s’accorder des parenthèses déconnectées. Pour ralentir. Pour réfléchir. Pour créer. Pour se reconnecter à soi-même.

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Et vous, seriez-vous prêt à lâcher prise pendant 72 heures ?


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